Livres dans la boucle : Joseph PONTHUS, l’ouvrier écrivain

Le livre de Joseph PONTHUS s’intitule À la ligne À la ligne, éditions de la table ronde, Janvier 2019,  et l’auteur est présent sur cette édition du Festival Livres dans la Boucle.

Jeune travailleur dans un abattoir à poissons au Nord de la France, Joseph PONTHUS a écrit ce livre en trois ans. Le temps où il est resté intérimaire dans cette bruyante usine qui “[lui] donnait l’impression de bosser pour l’industrie de la mort” disait-il. 

Joseph Ponthus dédicace son livre « A la ligne »

Très marqué par ce travail extrêmement difficile, il est en bout de chaîne, répétant inlassablement les mêmes gestes qui le font se sentir plutôt robot qu’homme. ”Tous les soirs en rentrant j’écris quelques lignes pour soulager ma conscience”. Il confie « J’essaie sans cesse de reproduire le geste parfait, comme cela je pouvais prendre un peu d’avance sur la machine et de ce fait, permettre la libération d’un petit moment de pensée ».

Témoignage du monde des travailleurs oubliés, son livre est pris en exemple par ceux qui souffrent de grande pénibilité au travail, et ajoute : « le capitalisme a réussi à effacer l’homme en tant que tel dans les usines pour en faire une continuation de la machine »

Quand on lui demande pourquoi il écrit, Joseph PONTHUS nous explique qu’enfant, il était un fils unique issu d’une classe moyenne peu fortunée. Il passait ses journées enfermé dans sa chambre avec les frères qu’il n’a jamais eu : ses livres. Comble de malheur, nous (autre verbe), il ne savait pas jouer de musique, n’avait pas de mobylette et ses seuls moyens de draguer furent ses poèmes et ses lettres.

Travailler comme écrire, tout à la chaîne… Livres dans la Boucle 2019

Pour définir son oeuvre par rapport à sa vie d’usine, il dit « si j’avais dû décrire l’usine dans mon livre, j’aurais fait des rimes et des alexandrins pour transmettre le rythme très répétitif ».

L’auteur a également tenu à mettre en avant la notion de pénibilité du travail qu’il a exercé, et que des milliers de français exercent. “C’est fantastique de voir tout ce que le corps humain peut supporter dans la difficulté. Il y a la fatigue physique mais surtout la pénibilité morale, les cauchemars la nuit, et parfois les spasmes”. Il ne cache d’ailleurs pas sa fierté lorsqu’il explique qu’il a au moins changé la vie d’une personne : Une jeune femme lui a écrit après avoir lu son roman. Ce livre lui a donné la force de quitter l’usine dans laquelle elle travaillait et elle a repris ses études pour devenir libraire. 

Joseph PONTHUS a permis de mettre en lumière ce qu’il se passe vraiment dans l’esprit des employés d’usines et devient en quelque sorte leur porte-parole.