Dominique Sigaud, une femme de lettre et de terrain.

Au sein du musée des Beaux-Arts de Besançon s’est tenu une interview de la  journaliste / romancière / essayiste Dominique Sigaud à l’occasion de la 4ème édition de Livres dans la Boucle. La sexagénaire nous parle de son expérience au Rwanda et des violences qu’ont à subir les filles dans certaines sociétés.

 

Quand vous est venue l’envie d’écrire ?

Dès que j’ai tenu un crayon et une feuille. L’école m’a donné un cadre, ce dont j’avais besoin pour grandir. Les possibilités de la langue sont illimitées mais les contraintes qu’on y trouve sont très fortes. Dans l’Arabe par exemple les contraintes liées au féminin sont beaucoup moins fortes. En Français les filles sont beaucoup plus discriminées qu’en Arabe ou même en Anglais.

Comment parlez-vous de votre expérience au Rwanda ?

Le génocide du Rwanda est réel, la difficulté d’une auteure est de traduire aux Français ce qui a lieu sur place, toute cette horreur est impossible à transmettre avec des mots. La langue n’est pas assez puissante. J’ai vu l’intervention des Français au Rwanda depuis une colline, je n’étais pas vraiment en accord avec leur action. Même si cet événement date de plusieurs années (1994), je n’arrive toujours pas à décrire ce moment de violence auquel j’ai assisté. Quand j’essaie de m’y mettre, mon corps m’oppose un refus : bras qui reculent de la table, douleur à l’épaule…

Avez-vous rencontré des femmes au cours de votre voyage ?

Malgré la tension et la violence de la situation, deux femmes Rwandaises ont pris la décision de monter une boite de nuit dans la zone de conflit. On pourrait se dire que c’est une idée absurde et hors contexte, et ça l’est ! Mais cette boite a rencontré un succès incroyable parmi les locaux, le besoin de distraction et de vivre, tout simplement, est plus fort que la peur de la mort. Une des deux instigatrices de cette boite de nuit avait déjà subi des violences, il lui manquait une main.

Pourquoi existe-il de telles injustices envers les femmes ?

Livre La Malédiction d'être une fille de Dominique Sigaud
Couverture « La malédiction d’être fille », édition Albin Michel, 2019

Je pense que dès la naissance, être une fille est une malédiction. Il y a une tentative de de domination, d’exclusion. Les violences faites aux femmes sont un invariant dans l’histoire et peuvent prendre des proportions délirantes. Dans ces violences on retrouve souvent ce que j’ai appelé des filliacides, cela désigne l’action de tuer sa propre fille volontairement à cause de son sexe. C’est un phénomène de société acté et toléré, même pour les femmes dans certaines sociétés. Ces bébés filles ne sont pas considérées comme faisant partie de l’humanité. La loi ne s’applique jamais dans ces cas-là.

Quelles violences peut subir une fille ?

Une fille peut subir des incisions, mutilations, qui sont pratiquées par des femmes sur de filles, souvent dans des mauvaises conditions d’hygiène. On s’attaque par ces biais à leur sexualité, comme 90% des violences faites aux filles. Une fille n’est pas une femme, les petites filles ne sont pas des petites femmes. Pour passer de fille à femme il y a beaucoup de premières fois à passer : premier regard, premier copain… Toutes les violences faites aux filles détruisent ces premières fois, on supprime cet apprentissage. On est face à une institutionnalisation du viol et à un refus fondamental que la fille accède à son propre désir. L’idée est aussi très présente que la fille n’a pas de désir, or elle en a : ne pas se faire violer, marier, mutiler… On impose un destin à la fille. Tout individu devrait pouvoir faire son propre récit de lui même, une fille n’a pas cette liberté.

Comment pourrait-on changer cela ?

Les filles sont les plus vulnérables. Une volonté d’éducation est absolument nécessaire pour faire changer cela. En France, 40% des viols et tentatives de viols sont contre des filles de moins de 15 ans. Un travail de pensée est nécessaire sur le fond. Pourquoi la France, pays beaucoup plus avancé dans les libertés des femmes,  n’agit pas pour cela ?

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Si vous avez aimé cet article, vous pouvez aussi consulter celui ci : « Une dictée au fil des mots« .

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