Situation géopolitique de la Bolivie

1.Le pays d’Evo Morales

Juan Evo Morales Ayma fut le président de l’Etat bolivien du 22 janvier 2006 au 10 novembre 2019. Durant ses 13 années à la tête du pays, Evo Morales a marqué l’Histoire pour ses actes qui ont fait évoluer la Bolivie, et ceux qui l’ont divisée. La plus grande présidence connue en Bolivie, qui devrait recommencer jusqu’en 2025.

a) Le processus de changement

Le président se lance un défi, celui de dynamiser l’Etat bolivien en assurant le maximum de confort économique pour sa population et un bon environnement, grâce à son programme « Le processus de changement ». La région du sud, El Alto dont la population est majoritairement indigène, et celle du nord, Apaz, qui est blanche et plus aisée, sont très distinctes. Afin de permettre aux deux régions de se mélanger et de mutualiser leurs biens et leurs services, un téléphérique rejoignant les deux extrémités fut installé. Pour la plupart des habitants du sud, ce fut l’occasion de trouver un travail autre qu’agricole et pour ceux du nord, de découvrir et de s’installer dans un milieu plus sauvage. Cet impact culturel et social provoqué uniquement par un téléphérique, qui est devenu un réel symbole du pays, fut un miracle économique. En effet, le PIB fut multiplié par 3 et le taux de chômage divisé par 2, ce qui engendra par ailleurs une réelle stabilité politique.

Le but d’Evo Morales était d’équiper le pays, surtout dans les régions indigènes, qui occupent la majeure partie du pays, en rénovant et construisant des nouvelles infrastructures.

« Le processus de changement » se définit par deux grandes étapes. Tout d’abord, de 2006 à 2010, s’est instaurée une lutte commune contre l’oligarchie, à laquelle tous les boliviens adhéraient. Elle était menée dans le un but de restaurer dans le pays la justice sociale, la démocratie, l’égalité et l’anticolonialisme qui manquaient à l’appel, et qu’il fallait réhabiliter. C’était en effet, grâce à cette promesse, inscrite dans la constitution, qu’Evo Morales avait conquis le cœur de sa population et avait gagné les élections présidentielles. Cependant, les décisions politiques prises par le président ne n’apportèrent pas de réels changements dans cette société, ce qui déçut un grand nombre d’habitants. En outre, à partir de 2011, face à l’échec du président et ses fausses promesses, de nouvelles problématiques sociales apparurent, telles que : l’écologie pillée, l’exploitation des ressources minières exagérée, et la corruption des partis politiques. Mais le gouvernement refusa d’entendre des voix protestataires et préféra ignorer.

 

b) Le président vu comme un demi-dieu

Dans les régions défavorisées, Evo Morales est vu comme un demi-dieu. En effet, son Processus de changement visait à aménager les territoires et à installer des infrastructures nouvelles qui répondent aux besoins éducatifs, sanitaires, culturels et économiques, tels que des centres sportifs de sport pour les enfants, un aéroport international, des écoles, des hôpitaux et bien d’autres. Egalement des routes ont été construites pour permettre aux agriculteurs de transporter leur production par camion, jusqu’aux marchés de la ville pour la vendre. Avant cela, les paysans dépendaient d’intermédiaires, à dos de mules, qui achetaient leurs produits à un moindre prix pour la revendre en ville. Ces routes permettent aussi aux enfants d’aller à l’école plus facilement. Pour approvisionner la ville, des complexes énergétiques tel que des centrales thermoélectriques ont été bâties. Ces immenses usines offrent désormais du travail, ce qui n’était pas le cas avant car elles appartenaient aux multinationales. En effet, la politique d’Evo Morales visait à nationaliser les sources de productions, pour ne plus dépendre des multinationales qui les sous-payaient. La Bolivie avait souffert à l’époque de son inefficacité lorsque ces grandes puissances mondiales avaient pillé tout son or. Cependant, grâce à la nationalisation, le pays a pu construire, se remodeler et se moderniser.

Les paysans ont également eu le droit de faire un prêt à faible taux d’intérêt qu’ils peuvent rembourser au moment des récoltes et qui sont destinés en priorité à aider les femmes. Ils ont pu ainsi acheter de la machinerie et des équipements agricoles ce qui à améliorer leur production.

Cependant certaines infrastructures peuvent être remise en question comme un Stade de Football qui a été inauguré en 2015, mais qui depuis est plus bruyant par les chants des oiseaux que par les clameurs des supporters. Une immense usine d’engrais azotés a été construite en 2017 par Samsung. Ainsi, beaucoup critiquent l’utilité de ces bâtiments, mais d’autres se réjouissent de la diversité professionnelle qui s’est offerte à eux, et de l’amélioration des communications.

Pour une partie de la population, il est primordial qu’Evo Morales reste au pouvoir jusqu’en 2025. Ils le chérissent, le comparent parfois à Mandela car « Il a fait ce que personne n’a jamais fait pour le pays » et aurait « sauver le pays ». Allant même, pour les plus grands fanatiques, à organiser des ateliers d’éducation populaire pour répéter jusqu’à quel point Evo Morales et ses syndicats ont été bénéfiques aux populations indigènes.

c) La rompure avec certains peuples

L’admiration pour Evo Morales n’est pas partagée par tous. La grande transformation culturelle n’a pas été favorable pour les étudiants de l’Université d’Alto. D’origine modeste ou indigène, ils étaient les premiers à soutenir le président dans sa campagne et dans sa course au pouvoir. L’université était cependant sur le point de fermée, et le gouvernement ne faisait rien pour améliorer cette situation. En conséquence, plusieurs mobilisations se sont créer pour manifester contre la fermeture de l’université, et dans la violence de la lutte, un étudiant a perdu la vie. En outre, les habitants de la ville d’El Alto, n’ont reconnu aucun changement et ont considéré que les projets du « Processus de changement » devaient être répartis de manière équitable entre les régions. C’est ainsi que le début d’une rébellion aux quatre coins du pays éclata. Cependant, ceux qui ont contesté les décisions du gouvernement ont payé le prix fort.

En effet, en 2011, les communautés indigènes se sont opposées à la construction imposée par le gouvernement d’une route au cœur de leur territoire, dans la réserve naturelle Tipnis, une partie amazonienne du pays. Ils organisèrent une marche pour afficher leur mécontentement. Cette répression fut violente et plusieurs manifestants furent blessés. Cependant elle fut médiatisée et provoqua un fort impact social. Face à cela, un des représentants boliviens de l’ONU, qui avait mis en place la « Journée internationale de la Terre nourricière » et des « Droits des peuples indigènes », quitta son poste. C’est à partir de cet épisode qu’apparurent de nombreux changements sociétaux. Le peuple se rendit compte qu’Evo s’était mis à défendre les intérêts des nouveaux riches et non plus les préoccupations de ceux qui avait fait la guerre avec lui de l’eau et du gaz dans le but de construire un nouveau pays.

Toutefois, Alvaro Garcia Linera, le vice-président bolivien et le théoricien du « Processus de changement » tenta d’expliquer ces rebellions. Par leur programme, ils auraient créé dans la population, une « classe moyenne » en leur apportant favorablement des aides financières et des biens matériels. Il exposa, qu’au moment où celle-ci ne reçoit plus autant d’avantages qu’au début, elle se rebelle car elle prétend que son niveau de vie à diminuer. Cependant, cette explication n’en ressort pas dans les témoignages des habitants, dont la confédération paysanne et le mouvement indigène qui étaient les premiers partisans d’Evo Morales.

2. L’extraction des ressources

a) Le sel

La Bolivie est un pays riche en minéraux dont le principal, le sel, s’étend à perte de vue dans le Salar d’Uyuni. Situé au Sud, à 4000 mètres d’altitude, c’est un des endroits les plus inhospitaliers du pays. Ce désert de sel a une température très variable, allant de +20 degrés la journée à -10 degrés la nuit. Pourtant des Hommes s’activent depuis des années à récolter le sel, qui est toute la richesse de ce désert. Equipés de masques pour se protéger du soleil et de la réverbération, ils transportent leur récolte par camion et vont la vendre en ville. Par le passé, il n’y avait pas de voiture, ils transportaient leur cargaison à dos de lama et allaient échanger cette ressource au marché contre du maïs ou des légumes.

Cette ressource a une grande valeur et peut être utilisée autrement que comme conservateur d’aliment ou épice. En effet, sur le Salar d’Uyuni est bâti le palais du sel. Un magnifique hôtel construit en briques de sel où les voyageurs du Salar peuvent séjourner. Un engouement grandit pour la production de « briques de sel » qui permettra de construire des habitations.

b) Le lithium

Il y a 40 000 ans, le désert était recouvert d’un lac qui au fil du temps s’est transformé en une croute de sel de 120 mètres d’épaisseur. Ainsi, le sel est une ressource en abondance et est une réelle richesse pour le pays. Cependant, sous ce lac asséché, se trouve du lithium. Cet or blanc, que les boliviens extraient du sol depuis sa découverte en 1975, est devenu la principale ressource économique du pays. Les réserves de la région du sud sont les plus importantes au monde, et ont une bonne place dans le marché mondiale du lithium, depuis la nationalisation des entreprises qui l’extrait. Avec le lithium, on fabrique du lithium de carbonate et d’hydroxyde de lithium.  Le but est de ne jamais s’arrêter à ces deux transformations, mais de continuer à les transformer pour obtenir d’autres formes qui auront d’autres valeurs. Les boliviens espèrent dominer le marché du lithium dans le monde, en fixant eux-mêmes leur prix, à l’inverse de ce qui se passe au Chili et en Argentine, où leurs ressources sont gérées par des multinationales qui redistribuent peu de richesses. Cette soif de l’argent entraîne la construction d’autres usines, toujours plus grandes et efficaces pour extraire encore plus de lithium.

c) Autres ressources

Evo Morales ne s’arrête pas là dans sa volonté d’extraire les ressources naturelles. Ayant une terre riche en gaz, il installe plusieurs puits de gaz. Son unique but est que la région possède la deuxième plus grande réserve du continent, pour ainsi accroitre sa richesse économique. De plus, il veut faire construire 5 usines hydroélectriques jusqu’en Argentine pour pouvoir, par la suite, exporter et vendre cette énergie dans les pays voisins.

Le président incite la jeunesse de son pays à se spécialiser dans le secteur pétrolier et à ingénier dans tout ce qui touchent aux énergies. Certains même se rendent en Russie pour se familiariser avec l’énergie nucléaire. Un modèle qui favorise la consommation d’énergies minérales et fossiles mais qui ne ressemble en rien à un idéal écologique.

3. La Pacha Mama

La croyance des boliviens reposent en partie sur la Pacha Mama. Une déesse de la terre mère, qui représente le ciel, les montagnes, et les volcans. Elle est connue de tous et est très vénérée, comme par les Indiens Aymaras qui la régalent en lui faisant des offrandes de feuille de coca, afin d’obtenir sa bénédiction.

Le respect de la nature est fondamental pour certains peuples, comme celui qui a réussi à vivre sur les bords du désert de Salar d’Uyuni, où ils ont dressé des habitations et un élevage de lamas. En effet, dans cette région, les lamas sont les principaux amis de l’Homme. Ils étaient considérés à l’époque comme une divinité par les incas. Nous parlons ainsi de civilisation de lamas, dont certains éleveurs vont passer la grande partie de leur temps avec, et en dépendre pour s’habiller et se nourrir. De même, les habitants gravissent le volcan de 5300 mètres d’altitude pour lui demander de réaliser leurs souhaits, comme agrandir le pâturage de lamas. Ces peuples indigènes, qui sont exclus de la modernisation de la ville, respectent les valeurs de la planète, et vivent pleinement en utilisant à bon escient les ressources naturelles.

Ce n’est pourtant pas le cas pour tout le monde dans le pays, dont Evo Morales, qui exagère de l’extraction des minéraux. Déclarant pourtant être reconnaissant de la Pacha Mama et de lui demander l’autorisation, il assèche sans pitié la terre de toutes ses ressources. Est apparu également l’élevage massif de vaches chinoises, qui transforme les paysages de la Chiquitania en immense pâture. Une catastrophe pour l’environnement qui n’est pas capable de nourrir correctement tous ces animaux.

Face à ce comportement contradictoire et à cette volonté accrue à la richesse, de nombreux écologistes boliviens rompent avec la politique d’Evo et réclament un plus grand respect envers la biodiversité du pays. Avant l’élection d’Evo Morales, certains habitants espéraient un pays plus biologique, avec des productions sans OGM. Qui exploite intelligemment le bois, sans avoir à faire à la déforestation par incendie pour augmenter les parcelles de terre cultivable. En effet, dût au trafic de terre, certains agriculteurs volent des terrains pour les revendre ou les déforester. Seulement si la terre est érosive, les incendies deviennent incontrôlables. Ce fût le cas dans l’Est de la Bolivie où plus de 5 millions d’hectares de terres brulèrent, en détruisant sa biodiversité et les nombreuses espèces en voie d’extinction à l’intérieur. Certains peuples d’indigènes voient leurs moyens de subsistance partir en fumée.

Malgré des mouvements écologistes, l’Etat bolivien ne leur porte peu d’importance et créer une société clientéliste où l’Etat est là pour résoudre chaque problème sans même que les habitants n’aient à changer faire leur consommation d’eau, de déchets ou de la production agricole.

Conclusion

Pour conclure, la Bolivie est un pays incertain pour une entreprise française. La politique est instable avec Evo Morales qui, aux dernières nouvelles, revient au pouvoir et plonge ainsi le pays dans une grande division sociétale. De plus, la culture de la terre et son respect n’est pas similaire en France. Les français ne vénèrent pas de Dieu particulier pour la richesse de la terre, ce qui pourrait alors causé des désaccords entre les deux peuples. Ainsi, que les désastres écologiques causés par l’Homme, n’assurent pas une qualité dans la production : érosion, déforestation, OGM. Malgré une baisse de la pauvreté et l’aménagement des régions défavorisées, une majorité de la population vit pauvrement, surtout pour les peuples indigènes, qui représentent une grande partie de la population bolivienne.

Cependant, une envie grandissante de connaître un pays plus écologique, et en limitant l’extraction des ressources jusqu’à son épuisement se manifeste. Proposer un concept de productions qui mêle le biologique, tout en étant économiquement stable, pourrait être envisageable pour cette population.